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Photo prise à Mannheim, en Allemagne, le 08/06/2024 au Festival de la Jeunesse. © UNICEF/UNI595827/Stroisch

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© UNICEF

Discours de Catherine Russell, Directrice Générale de l'UNICEF, à l'issue du Sommet "Nutrition for Growth"

Au cours des dernières décennies, le monde a fait des progrès significatifs dans la réduction de la malnutrition infantile partout dans le monde. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à une crise de financement qui menace de réduire nos progrès à néant – et les femmes et les adolescentes paient le plus lourd tribut.

Partout dans le monde, les femmes et les filles ont tendance à manger en dernier et à se nourrir le moins. Lorsque la nourriture se fait rare et que l’argent est compté, les femmes servent d’abord les hommes et les enfants. Elles leur réservent les portions les meilleures et les plus copieuses. Elles mangent alors moins et sautent des repas.

C’est ainsi que vivent des millions de femmes et de filles dans le monde. Et pour beaucoup trop d’entre elles, en particulier celles vivant dans des zones de conflit ou de crise, la situation empire.

Entre 2019 et 2022, l’écart entre les genres en matière d’insécurité alimentaire a plus que doublé. Quelle ironie – et quelle injustice – que les femmes soient responsables de près de 80 % de la production alimentaire dans les pays en développement et qu’elles soient pourtant presque 27 % plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire que les hommes.

Un milliard d’adolescentes et de femmes souffrent de malnutrition – et plus de 60 % des personnes souffrant de malnutrition chronique dans le monde sont des femmes.

La crise alimentaire et nutritionnelle frappe particulièrement les femmes enceintes et allaitantes ainsi que leurs enfants. Dans les 12 pays les plus touchés, le nombre d’adolescentes et de femmes enceintes et allaitantes souffrant de malnutrition aiguë est passé de 5,5 millions à 6,9 millions depuis 2020, soit une augmentation de 25 %.

La malnutrition maternelle a des conséquences désastreuses pour les femmes et les adolescentes. Ce phénomène a un impact considérable sur leur apprentissage, leurs choix de vie et leurs revenus futurs. Il menace également leur santé, leur bien-être et leur survie. Les mères souffrant de malnutrition sont plus susceptibles de connaître des complications pendant la grossesse et l’accouchement, et leur risque de décès est deux fois plus élevé que celui des mères correctement nourries.

Les conséquences de la malnutrition maternelle sont catastrophiques pour les enfants. Les mères souffrant de sous-alimentation et d’insuffisance pondérale sont plus exposées aux naissances prématurées, qui augmentent le risque de décès et d’invalidité chez les nouveau-nés. Les bébés nés de mères souffrant de malnutrition sont également plus exposés au risque d’insuffisance pondérale à la naissance, ce qui les rend plus vulnérables aux infections, aux maladies et au décès.

Nous estimons que la malnutrition maternelle contribue à la mort de 800 000 nouveau-nés chaque année. Les nouveau-nés qui survivent courent un risque beaucoup plus élevé de souffrir d’un retard de croissance, entraînant des dommages physiques et cognitifs irréversibles.

Nous avons fait des progrès significatifs dans la lutte contre le retard de croissance ces dernières années. Mais environ la moitié des cas de retard de croissance se produisent encore pendant la grossesse et les six premiers mois de la vie, lorsque les enfants dépendent entièrement de leur mère pour se nourrir.

Les coûts humains de la malnutrition chez les femmes et les adolescentes sont tragiques, mais les coûts économiques sont également trop élevés.

Une analyse récente montre que la malnutrition chez les femmes et les adolescentes coûte à l’économie mondiale plus de 1 600 milliards de dollars par an en perte de productivité et en potentiel gaspillé.

Rien que l’anémie, qui est en hausse et touche déjà près d’une femme sur trois en âge de procréer dans le monde, coûte environ 113 milliards de dollars par an.

En particulier dans une période où les besoins explosent et où les ressources diminuent, nous ne pouvons pas nous permettre d’occulter les coûts de l’inaction.

Ces coûts vont inévitablement augmenter. Sans mesures concrètes ni investissements, la malnutrition ne fera que s’aggraver en raison du réchauffement climatique. Et là encore, les femmes et les adolescentes seront touchées de manière disproportionnée.

Les conditions météorologiques extrêmes telles que les sécheresses et les précipitations irrégulières perturbent les systèmes alimentaires qui sont souvent déjà mis à rude épreuve. Cela expose notamment les femmes et les filles à un risque accru de carences en micronutriments, et les femmes et les filles déjà souffrant de malnutrition à un risque accru de développer une malnutrition plus aiguë.

Les crises causées par le réchauffement climatique contraignent davantage de filles que de garçons à abandonner l’école. Cela interrompt non seulement leur éducation, mais dans de nombreux cas, cela les empêche également d’accéder aux programmes de nutrition scolaires.

Les femmes représentent 80 % de la population déplacée en raison du changement climatique. Elles sont donc plus vulnérables à de nombreux risques, notamment à la perturbation de leur accès aux services de santé et de nutrition, à l’éducation et à la protection.

Nous ne sommes plus qu’à cinq ans de l’échéance de 2030 fixée pour les objectifs de développement durable, qui visent notamment à éliminer la faim, à assurer la sécurité alimentaire et à améliorer la nutrition pour tous.

Nous n’atteindrons jamais cet objectif, ni les nombreux objectifs connexes, si nous ne plaçons pas la nutrition des femmes et des filles au cœur du programme de développement mondial.

Si nous n’agissons pas maintenant, nous verrons les progrès durement acquis en matière de nutrition s’effacer, laissant des millions d’enfants plus vulnérables que jamais.

De l’Afghanistan au Soudan, j’ai pu observer l’impact des inégalités entre les sexes sur la santé et le bien-être des filles et des femmes. J’ai vu des femmes et des adolescentes mourir de faim pour nourrir leur famille. Mais j’ai également vu des familles et des communautés s’épanouir lorsque les femmes et les filles ont un accès égal à une alimentation nutritive et à des régimes sains.

L’UNICEF appelle les gouvernements et leurs partenaires à prendre l’initiative d’accélérer les progrès en matière de nutrition des adolescentes et des femmes.

Cela nécessite d’investir davantage de ressources et de donner la priorité à l’accès à une alimentation nutritive pour les adolescentes et les femmes, en particulier dans les situations de crise où la sécurité alimentaire et nutritionnelle est menacée. Pour cela, il faut garantir un accès gratuit aux services de nutrition essentiels avant et pendant la grossesse, ainsi que pendant l’allaitement.

Nous devons également adopter des lois pour protéger les adolescentes et les femmes des aliments ultra-transformés et pauvres en nutriments. Ces aliments sont l’une des principales causes de l’augmentation rapide de l’obésité et du surpoids. Sans surprise, ce risque sanitaire mondial touche davantage les femmes que les hommes.

Il s’agit également d’investir dans la collecte de données plus complètes et de meilleure qualité sur le genre et la nutrition afin de mieux comprendre ce problème et de mettre en place des interventions plus efficaces.

Il s’agit aussi de redoubler d’efforts pour maintenir les filles à l’école et d’investir davantage dans des programmes d’alimentation scolaire saine et dans l’éducation nutritionnelle.

Cela suppose également de supprimer les barrières et les normes sociales qui sont à l’origine des disparités entre les sexes en matière de nutrition.

Il faut notamment renforcer l’autonomie économique des femmes. Les femmes qui cultivent et cuisinent les aliments devraient avoir leur juste part et le droit de décider de la meilleure façon d’en faire usage.

Améliorer la nutrition des femmes et des filles n’est pas seulement un impératif moral. C’est un investissement rentable pour l’avenir, qui permet de générer un double dividende de bénéfices qui se renforcent mutuellement.

La Banque mondiale estime qu’investir dans la nutrition des femmes pourrait augmenter la productivité économique des pays à faible et à moyen revenu de 110 milliards de dollars. Chaque dollar investi dans la réduction de l’anémie chez les femmes pourrait générer 12 dollars de retombées économiques.

Investir dans la nutrition des filles génère un bénéfice double : des jeunes filles nourries correctement réussissent mieux à l’école et poursuivent leurs études plus longtemps, leur permettant ainsi d’augmenter leurs revenus futurs. C’est bénéfique pour elles, pour leurs enfants et pour leurs sociétés.

Cette année marque le 30ème anniversaire de la Déclaration de Beijing, le programme le plus important de l’histoire visant à faire progresser les droits des femmes et des filles. Et nous avons indéniablement réalisé de grands progrès.

Pourtant, nous sommes toujours confrontés au déni de l’un des droits les plus fondamentaux de tous : le droit à la nutrition.

Nous devons dresser le bilan des inégalités qui continuent de porter atteinte à ce droit pour des millions de filles et de femmes dans le monde entier. Et bien plus que cela : nous devons prendre des mesures audacieuses et collectives pour briser le cycle intergénérationnel de la malnutrition et de l’inégalité entre les sexes.

Les femmes et les filles ont le droit d’avoir leur place – et une assiette pleine – à table.

Excellences, nous sommes conscients des efforts nécessaires pour fournir une aide et des services nutritionnels vitaux aux femmes et aux enfants qui en ont le plus besoin. Nous devons simplement mobiliser la volonté politique et les ressources nécessaires pour agir. Il n’y a plus de temps à perdre. Merci. »